
Vernis à ombres Benoît Piéron
Benoît Piéron
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson, Paris, France 75116
Wed-Mon 12pm-10pm, Thu until 12am, Tue closed
Admission
Varies
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About
« J’existe dans un état vaporeux. Je suis vraiment des paillettes en suspension. » C’est depuis ce sentiment de flottement que Benoît Piéron imagine Vernis à ombres . Partant de son expérience de l’hôpital et d’une cohabitation avec la maladie, l’artiste français e crée des représentations autres des espaces, des corps et des affects qui y sont liés. Salles d’attente et laveries hallucinatoires, gyrophares tamisés en veilleuses, spectacles de lumières stroboscopiques filtrant sous une porte d’hôpital : il dilate des lieux familiers par une pratique du détournement où se mêlent sculpture, installation, et gestes issus des loisirs créatifs et de la culture DIY ( do it yourself ). Vue d'atelier Ses œuvres proposent des expériences de temps suspendu, de divagation et de rêverie ; elles substituent la douceur à la violence, et réintroduisent du désir et de la fantaisie là où ils ont été évacués. Plus récemment, Benoît Piéron a découvert son intersexuation : une variation dans la sexuation désignant le fait d’être né·e avec des caractéristiques sexuelles et hormonales qui ne correspondent pas aux définitions standards des corps féminin ou masculin, et qui concerne 1,7% de la population mondiale. Cette conscience est venue enrichir le regard que l’artiste porte sur le traitement politique d’existences qui dérogent aux normes et se déploient au-delà d’elles. Vernis à ombres prend forme depuis cette réalisation. L’exposition se présente comme un décor d’une étincelante étrangeté ; une “boussole de désorientation” où les repères se brouillent et l’imaginaire s’infiltre. Benoît Piéron y dévoile un film porn crip * abstrait sous la forme d’un théâtre d’ombres, dont les projections animent une baie vitrée. S’y retrouvent différents personnages : objets mathématiques, sextoys , gabarits de couture et moulages du corps de l’artiste mêlent leurs contours dans une chorégraphie trouble . Benoît Piéron, Strap-on IV, 2025, draps réformés des hôpitaux, boule disco © Benoît Piéron Benoît Piéron, Drapeau, L'Alcôve, 2021 © Benoît Piéron Benoît Piéron, Ete, 2025 Jouant sur la plasticité des frontières et des standards , elle se réapproprie la projection – soit la manière fantasmée dont la société se rapporte aux corps intersexes – comme une forme esthétique. Autour, quelques lampadaires accentuent la perturbation : à leur fonction d’éclairage s’est substitué un spectacle de paillettes, celles utilisées dans le nail art qu’affectionne l’artiste et qui fusionnent ici dans un chaos lumineux et chromatique où se distend la perception. Les glitters viennent iriser l’ampoule, les pigments s’unissent jusqu’à l’incolore, troquant la volonté de tout voir, tout éclairer, tout surveiller, par un spectacle de contemplation kaléidoscopique. Vernis à ombres fait filtrer la lumière jusqu’à des zones instables, expansives. C’est une scène où les contours se fluidifient, où les mesures se dérèglent ; où le temps s’étire et se réverbère. Les régimes fixes s’y révèlent n’être que des variations, les certitudes des fictions, et l’autorité s’évapore en paillettes. Benoît Piéron travaille l’amplitude des spectres sur lesquels nos genres, nos désirs et nos existences se déclinent. Elle fait ainsi de l’impermanence sa matière, et la place au principe de nos identités. Note de bas de page * « Mot anglais dérivé de l’insulte cripple (estropié), ce terme est réapproprié par la communauté handie , de la même manière que le mouvement LGBT QIA+ s’est réapproprié l’insulte queer . Une manière de transformer un stigmate en force et affirmer positivement l’expérience du handicap. »