
Une journée au XVIIIe siècle, chronique d'un hôtel particulier
Ariane James-Sarazin, Sophie Motsch, Jean-Baptiste-Marie Pierre, Nicolas Lavreince, Johann Joachim Kändler, Jean-Démosthène Dugourc
Musée des Arts Décoratifs
107 Rue de Rivoli, 75001 Paris, France 75001
Tue–Sun 11am–6pm, Thu until 9pm
Admission
Paid Admission
About
Plongez au cœur de l’intimité d’une demeure aristocratique du XVIII e siècle et de ses habitants, maîtres, domestiques et animaux familiers, grâce à une exposition immersive, intitulée « Une journée au XVIII e siècle, chronique d’un hôtel particulier ». Avec plus de 550 pièces originales issues essentiellement des collections du musée, et pour la plupart rarement montrées, l’exposition « Une journée au XVIII e siècle, chronique d’un hôtel particulier » convoque tous les domaines d’expression des arts décoratifs – boiseries et papiers peints, mobilier, céramique, orfèvrerie, vêtements et accessoires de mode, jouets, bijoux – pour redonner vie à un hôtel particulier parisien dans les années 1780. Dans une ambiance cinématographique, sonore et olfactive, le visiteur est invité à déambuler de pièce en pièce, comme s’il était un proche, un ami ou un invité privilégié de la famille. Le commissariat de l’exposition est assuré par Ariane James-Sarazin, conservatrice générale du patrimoine, en charge des collections XVII e - XVIII e siècle et Nissim de Camondo, et par Sophie Motsch, attachée de conservation. « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre. » Talleyrand Robe à l’anglaise, France, 1780-1785. Pékin de soie fond blanc à rayures roses et fines rayures vertes en zigzag, brochée de fleurs en bouquets en fils de soie © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière Comment l’art de vivre à la française s’illustre-t-il dans sa forme la plus aboutie au XVIII e siècle? Certes, il est avant tout le privilège d’une élite, qu’elle soit de naissance, d’argent ou de talent, et ne peut être le reflet des conditions de vie de la population entière. Néanmoins, il exprime à la perfection les modes, les goûts, les valeurs et les usages vers lesquels tous les yeux convergent alors en Europe, et par‑delà depuis la jeune Amérique. Car Paris s’affirme au XVIII e siècle comme la capitale d’un luxe, toujours en quête d’innovation, un environnement favorable à l’éclosion des arts, en quête d’agrément et de commodité, autrement dit du beau dans l’utile qui est la devise du musée des Arts décoratifs. Le parcours s’ouvre sur l’évolution architecturale que connaît l’hôtel particulier au XVIII e siècle. Démonstration architecturale en même temps qu’incarnation de l’art d’habiter, résidence urbaine d’un personnage important et de sa maison, héritier d’une longue tradition et sujet à toutes les modes, l’hôtel particulier présente des visages multiples et contrastés, balançant sans cesse entre la norme et l’exception. Mais avant de pénétrer dans l’hôtel, encore faut‑il cheminer jusqu’à lui à travers la rue parisienne, le pavé embarrassé de véhicules, les murs saturés d’affiches, l’air vibrant des cris des marchands ambulants. Le visiteur est ensuite conduit sous le porche majestueux qui manifeste aux passants la puissance des propriétaires, tout en maintenant à distance la promiscuité urbaine. Après avoir franchi la cour où une belle chaise à porteurs et une table amovible de carrosse attendent d’être mises en branle, le visiteur découvre les séduisants parterres de fleurs en porcelaine, les treillages et les plantations en pots du jardin, au milieu desquels se dresse la silhouette d’une belle jardinière, coiffée d’un grand chapeau de paille. De la toilette du matin aux jeux du soir en élégante compagnie, en passant par la magnificence d’un dîner à la française, par les doux accords d’un concert de musique au salon ou les plaisirs piquants de la conversation au gré d’une promenade dans le jardin, l’exposition scrute, à la manière d’une enquête, les activités quotidiennes des habitants d’un hôtel particulier, du lever au coucher. Chaque pièce est réinventée et associée à un moment précis de leur emploi du temps. Une attention particulière est portée aux améliorations que connaît la période : l’éclairage, le chauffage, l’accès à l’eau dans les intérieurs, mais aussi leurs conséquences sur le décor, l’ameublement, le service et les règles de civilité. Dans une approche anthropologique, culturelle et sensible, l’exposition lève le voile sur les usages du XVIII e siècle. L’exposition se concentre ensuite sur une journée type d’une famille de l’aristocratie française du Siècle des Lumières : le portrait par Boilly de la famille Gohin, enrichie dans le négoce lointain, nous introduit au coeur de la maisonnée. Le visiteur est ainsi invité à faire la connaissance de Monsieur et de Madame, épée de Cour au côté pour lui et bijoux pour elle, mais aussi de leurs enfants à travers leur habillement, les soins apportés à leur éducation et leurs jeux quotidiens. L’exposition présente également leur domesticité, nombreuse et spécialisée que nous découvrons vaquant à ses occupations (récurage de la vaisselle d’argent, préparation des repas, tirage de l’eau à la fontaine de cuivre, lavage et repassage du linge, etc.) ; enfin, leurs animaux chéris et familiers, chiens, chats et oiseaux, témoins d’un nouvel attachement. L’exposition nous plonge dans une journée découpée en trois parties, matin, après-dîner et soir, rendues sensibles par un traitement gradué de la lumière. Les progrès scientifiques et techniques dans la mesure du temps sont illustrés par un choix significatif d’horloges, de cartels et de montres, mais aussi de semainiers et d’almanachs de poche aux luxueuses reliures. Un nouveau rapport au temps, perçu de manière de plus en plus précise, s’impose. La tendance est à l’allongement de la journée, avec un coucher retardé. La journée commence au lever dans la chambre à coucher où trône un lit à la duchesse placé perpendiculairement au mur, dont le baldaquin et les pentes en tissu apportent intimité et chaleur au dormeur. Aux alentours de sept heures du matin, les maîtres qui ont chacun leurs appartements sont réveillés par leurs domestiques qui, eux, s’affairent depuis quatre heures. Avant même de prendre son déjeuner, premier repas de la journée et de s’habiller, on fait ses dévotions. Puis on se sustenté d’un bouillon de viande et de légumes servi dans une écuelle à oreilles en porcelaine posée sur son plateau. Avant ou après le dîner (qui correspond à notre déjeuner), un détour par la bibliothèque s’impose. Les gentilshommes y entretiennent leur goût pour la science, la philosophie, les arts ou encore la curiosité pour l’Ailleurs, en l’occurrence la Chine et le Japon. Ce lieu reconstitué au coeur de l’exposition est aussi un espace de travail pouvant être garni d’un bureau ou d’un secrétaire propre à se consacrer à sa charge ou à la gestion de ses propriétés. Réservée ordinairement aux hommes, la bibliothèque constitue un lieu moins formel que le reste de l’hôtel particulier, ce qui en fait un espace d’intimité. On peut ainsi y être simplement vêtu d’une robe de chambre, d’un bonnet d’intérieur et de mules, dont les soieries colorées et les broderies sont d’un grand raffinement. Le parcours se poursuit dans le pendant de la bibliothèque qui est le boudoir de Madame. C’est là où elle peut s’adonner à la lecture, assise dans une ottomane, à l’écriture en prenant appui sur son bureau qualifié de « bonheur‑du‑jour », au dessin, mais aussi aux travaux d’aiguille. Elle confectionne ainsi de menus ouvrages en perles tissées, les sablés, ou joue à faire des noeuds et des cordelettes en fils de soie, au moyen de navettes luxueuses comme des bijoux. Le lever demeure au xviiie siècle un moment de convivialité où l’on peut recevoir si on le souhaite amis, fournisseurs, secrétaires ou directeurs de conscience, pour discuter affaires intimes, professionnelles ou domestiques. L’habillement et la coiffure qui se déroulent donc souvent sous le regard d’un cercle restreint sont l’occasion de montrer une large sélection d’objets liés au soin du corps. Le cabinet des bains est l’apanage des plus fortunés, notamment en raison de la préparation de la baignoire au moyen d’un chauffe‑bain en cuivre, l’eau courante n’existant pas. Ordinairement, la toilette reste donc sèche et les ablutions limitées à l’usage de l’aiguière et de son bassin, des boîtes à savon et à éponge, de l’œillère et du bidet. Chaise percée, bourdaloue et pot de chambre complètent ces indispensables de l’hygiène intime. Hommes, femmes et enfants portent des perruques faites de cheveux naturels et poudrées. Reflet de la place que l’on occupe dans la société, la parure et les habits se doivent d’être soignés pour bien paraître aux yeux du monde, l’exposition illustre cette exigence. Parfums, fards et mouches, tous conservés dans des flacons et des boîtes richement décorés, jouent un rôle fondamental dans l’apprêt. Le fil narratif de l’exposition continue avec le moment du dîner (repas pris entre quatorze et seize heures). La salle à manger en tant que pièce spécialisée apparaît dans les demeures aristocratiques. Le visiteur peut y découvrir un mobilier permanent composé d’une fontaine murale pour se laver les mains, de chaises souvent cannées, de consoles-dessertes, de rafraîchissoirs où attendent au frais verres et bouteilles qui ne figurent jamais sur la table, et d’une grande table – de simples tréteaux jusqu’à la fin du siècle où la table fixe fait une timide apparition – dressée autour d’un somptueux surtout en verre filé, destiné à amuser les invités et à stimuler la conversation.