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AUSSTELLUNG GEHT HINTER IHNEN WEITER

Philipp Timischl

May 30 – Jul 18

Galerie Sultana
Gallery

Galerie Sultana

75 rue Beaubourg, Paris, France 75003

Tue–Sat 11am–7pm

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Une exposition s’annonce généralement par une invitation à entrer. Pour sa première présentation à la Galerie Sultana, Philipp Timischl vient d’emblée compliquer cette invitation. Avant même de pénétrer dans la galerie, le visiteur se heurte à une rangée de petites peintures suspendues à des chaînes rouillées, comme une barricade précaire ou un élément de signalétique institutionnelle à la fonction incertaine. Le titre de l’exposition apparaît en allemand sur six peintures, puis en anglais et en français sur les deux autres. En allemand, la phrase oscille entre deux lectures : _Ihnen_, le « vous » de politesse adressé au visiteur, et_ihnen_, « eux » ou « elles », pouvant renvoyer aux peintures elles-mêmes. En français, le « vous » maintient une ambiguïté entre une adresse individuelle formelle et une adresse collective. En anglais, _you_ permet également une adresse au singulier comme au pluriel, mais le registre formel ainsi que la possible lecture de « eux » ou « elles » disparaissent (_Exhibition continues behind you_). L’exposition continue derrière vous. Derrière qui, alors? Derrière les peintures? Derrière le visiteur? Derrière les visiteurs? Derrière la galerie, dans la rue? Plutôt que de désigner un ailleurs précis, le titre remet en question la place du spectateur, laissant entendre que l’exposition a peut-être déjà commencé ailleurs ou qu’elle se déploie au-delà de ce qui lui est immédiatement accessible. Cette ambiguïté donne le ton d’une exposition attentive aux conditions mêmes du regard : non seulement à ce qui est vu, mais aussi d’où, comment et selon quelles conditions. À travers la galerie, Philipp Timischl présente une nouvelle série d’œuvres sculpturales posées au sol, associant peintures et écrans. Placées près du mur, elles ne sont ni pleinement installées comme des peintures conventionnelles, ni entièrement détachées comme des objets. Chaque peinture est accompagnée d’une vidéo réalisée par l’artiste à partir de l’œuvre, qui en montre différents angles : gros plans, vues de biais, face arrière, détails de surface — autant de fragments qui auraient autrement pu passer inaperçus. L’écran devient un œil de substitution, offrant un accès au regard de l’artiste. Les peintures sont abstraites, quasi monochromes, leurs surfaces volontairement sobres. Elles ne sont pas vides parce qu’il ne s’y passe rien, mais parce que trop de choses se jouent déjà autour d’elles. À côté de l’image en mouvement, la surface peinte se doit d’être plus silencieuse. Les écrans, eux, intensifient l’attention par le mouvement et la répétition, traduisant la peinture dans un autre registre. L’exposition met ainsi en scène la peinture à la fois comme objet et comme image, comme chose et comme documentation d’elle-même. Une peinture peut apparaître plus accessible sous forme de séquence filmée que comme matière — une plaisanterie subtile sur l’attention, mais aussi une proposition sérieuse sur les conditions de visibilité contemporaines. Au sous-sol, l’exposition se déploie entre deux espaces : une salle de galerie d’un blanc clinique et une cave parisienne brute. Dans la salle blanche, trois œuvres prolongent la logique établie à l’étage. Dans la cave, celle-ci s’intensifie. Une peinture verte y est présentée sous une lumière rouge, rendant sa couleur impossible à percevoir directement. Sur l’écran adjacent, une séquence filmée à la lumière du jour restitue le vert que l’installation soustrait au regard. L’œuvre scinde ainsi la peinture entre sa présence matérielle et les conditions de sa visibilité. Les titres de Philipp Timischl prolongent cette instabilité dans le langage. Passant de l’allemand au français et à l’anglais, ils semblent souvent traduits, mal traduits ou légèrement décalés : _Das ältert schon / Ça s’âge déjà / It’s olding already; Man soll in Fragen des geistigen Eigentums nicht so pingelig sein / In matters of intellectual property, one should not be so particular; Well, I’d like to be a contemporary painting too; How on earth could you not become cynical as a painting; You are an artwork. How on earth can you be so unaware of your surroundings?_ Ces phrases n’expliquent pas tant les œuvres qu’elles leur prêtent nervosité intérieure. Les peintures semblent penser, se plaindre ou se méprendre sur leur situation. Ce qui commence comme une question sur le lieu où se poursuit l’exposition devient une question sur celui où la peinture se poursuit. Elle se déploie à côté d’elle-même — sur les écrans, dans le langage et à travers les termes changeants de sa propre visibilité. Philipp Timischl envisage la peinture comme quelque chose dont la visibilité est toujours conditionnelle. _L’exposition continue derrière vous_ n’est ainsi pas seulement un titre, mais une proposition : la peinture reste présente, mais jamais entièrement en un seul endroit.

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